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Icônes de progrès
 

La carte perforée IBM

IBM100 The IBM Punched Card iconic mark
 

La première icône de l'ère de l'information est peut-être une simple carte perforée produite par IBM, généralement connue comme la «carte IBM». Mesurant approximativement 19 x 8 cm, ce morceau de papier est sans prétention, c'est certain. Mais, regroupées, les cartes IBM contiennent presque toutes les informations mondiales connues pendant un peu moins d'un demi-siècle — un exploit même d'après les mesures d'aujourd'hui. Elle grandit en popularité durant la grande crise de 1929, et est rapidement adoptée tant dans le monde du traitement de l'information que dans celui de la culture populaire. Qui plus est, elle génère tellement de profits qu'elle contribue à la croissance rapide d'IBM au milieu du XX  e siècle.

En 1928, IBM lance une nouvelle version de la carte comportant 80 colonnes et dont les perforations sont rectangulaires. Ce nouveau modèle de «carte informatique IBM» découle d'une compétition entre les deux grandes équipes de recherche de l'entreprise, travaillant chacune de son côté. Étant l'une des plus importantes innovations technologiques d'IBM, la carte propulse l'entreprise au premier plan en matière de traitement de données. Pendant près de 40 ans, c'est le principal support utilisé pour stocker, trier et relever les données traitées d'abord par du matériel mécanographique, puis par des ordinateurs. Au milieu des années 1950, 20 % des revenus d'IBM proviennent de la vente de cartes perforées et, aussi incroyable que cela puisse paraître, cela représente 30 % des résultats de l'entreprise.

C'est vers la fin du — XVIII e siècle et le début du XIX e siècle qu'on commence à utiliser des cartes perforées pour «programmer» de la machinerie de confection et des métiers à tisser. Au cours des années 1880 et 1890, Herman Hollerith les utilise pour ses tabulatrices — un produit de base de l'entreprise qui deviendra plus tard IBM. Pendant les trois décennies qui suivent, IBM et ses entreprises rivales revoient la conception des cartes; elles les fabriquent de différentes tailles, augmentent le nombre de trous — presque toujours ronds —, chacun représentant un élément de donnée (un bit). La première carte d'IBM compte 22 colonnes et 8 positions de perforation; elle passe à 24 colonnes et à 10 positions en 1900; et, à la fin des années 1920, elle a 45 colonnes de trous ronds et 12 positions de perforation. Mais ce n'est pas suffisant. Les clients veulent toujours stocker plus de données sur chaque carte. Le défi à relever est grand. L'espace sur la carte est saturé, et celle-ci a atteint sa taille maximale. Si IBM invente une nouvelle carte, ou une carte de plus grande taille, elle doit remplacer toute sa gamme de matériel et recommencer à vendre de nouvelles machines. Comment résoudre ce problème?

Thomas Watson Sr., qui dirige IBM à cette époque, demande à deux de ses meilleurs inventeurs, Clair D. Lake et J. Royden Peirce, de développer une nouvelle carte. En matière d'invention de technologies de cartes perforées, ils ont tous les deux une importante expertise à leur crédit et comptent plus de brevets ensemble que la plupart des inventeurs du siècle en cours. Thomas Watson demande donc à chacun de proposer une solution, et de le faire de façon indépendante. Chacun forme une équipe et se met au travail. Royden Peirce veut utiliser la carte existante avec trous ronds, mais faire en sorte que chaque trou représente plus d'un nombre ou symbole — doublant ainsi l'espace de stockage de données, la moitié de celui-ci étant toutefois consacré aux caractères alphanumériques.

L'équipe de Clair Lake propose de plus petits trous de forme rectangulaire. Plus faciles à lire par les tabulatrices en métal, ces cartes nécessitent tout de même de nouvelles machines, entre autres des perforateurs et des lecteurs. Au centre de ce concours se trouve James W. Bryce, le plus prolifique inventeur d'IBM du siècle, qui a à son actif plus de 500 brevets. Il connaît ses deux collègues et comprend les innovations qu'ils proposent. Thomas Watson lui demande de choisir la meilleure solution. James Bryce vote pour la démarche de Clair Lake parce que sa carte peut être utilisée rapidement et que c'est celle qui nécessite le moins d'ajustement dans le fonctionnement des machines tabulatrices. James Bryce sait aussi que la demande pour stocker de l'information alphabétique est faible, et il veut se tenir loin des machines à trous ronds, plus courantes. Personne ne fait des trous de forme rectangulaire.

Thomas Watson accepte la proposition de Clair Lake tant pour des raisons techniques que commerciales. C'est une solution distinctive, elle peut être protégée par des brevets, sa fonctionnalité ne fait aucun doute. Il veut en faire la promotion en tant que «carte IBM». Lancée en 1928, la carte compte 80 colonnes (presque deux fois plus que l'ancienne carte) et 10 lignes pour le codage des nombres — 12 dans une version modifiée mise sur le marché en 1930. Unique en son genre, la carte est bien acceptée par les clients, et elle sert de modèle pour la conception d'autres cartes et produits matériels commercialisés des années 1930 aux années 1950. À la fin des années 1960, la plupart des machines à cartes perforées d'IBM ne sont plus en production. La vie active des cartes elles-mêmes ne s'arrête toutefois pas là, puisqu'elles servent encore de supports d'entrée-sortie dominants pour les ordinateurs électroniques.

Principal concurrent d'IBM sur le marché des cartes perforées, Remington Rand achète, en 1927, Powers Accounting Machine Company et, ce faisant, donne le coup d'envoi à une lutte féroce en matière d'innovation avec IBM. La surenchère se traduit par une expansion considérable des systèmes comptables et des opérations automatiques.

Chez IBM, la carte ne sert pas qu'aux fins comptables. Jusqu'au début des années 1990 — il y a alors longtemps qu'IBM ne vend plus de cartes perforées pour le traitement de données —, les IBMers les utilisent souvent pour inscrire leurs notes lorsqu'ils font des présentations puisqu'elles se placent bien dans la poche intérieure d'un veston. Les secrétaires, quant à elles, s'en servent pour transcrire les messages téléphoniques et taper des itinéraires. Même les cadres d'IBM en transportent avec eux dans leur agenda pour la date qui y est indiquée.

À jamais liée à l'ère de l'information moderne, la carte IBM est la méthode la plus couramment utilisée pour stocker des données pendant près d'un demi-siècle. Elle constitue une partie essentielle de l'expansion d'IBM, et sa contribution à rendre l'entreprise telle que nous la connaissons aujourd'hui ne fait aucun doute.