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Icônes de progrès
 

IBM 1401, le Mainframe

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C’est en 1959 qu’est apparu l’IBM 1401 : système informatique le plus répandu dans le monde au début des années soixante. Un des moteurs de cette recherche vient de l’environnement concurrentiel existant en France. En effet, la société française des Machines Bull lança, dans les années 50, ses ordinateurs Gamma, plus petits et rapide que les machines 700 d’IBM.

Une campagne promotionnelle d’ampleur a accompagné son lancement avec des « Datamobiles » qui parcourent le monde.

Cette machine est à l’origine d’une prouesse technologique en 1962. En effet, le 5 octobre, les chercheurs du laboratoire de la Gaude réussissent à établir une liaison via le satellite Telstar avec l’usine IBM d’Endicott. Ce fut la première « conversation » en direct entre deux IBM 1401.

Le système de traitement des données IBM 1401 n’a pas apporté de révolution en termes de puissance ou de vitesse, et ce n’était d’ailleurs pas l’objectif. « Il s’agissait d’un équipement facile à utiliser pour lequel les utilisateurs eurent un attachement particulier », écrit Paul E. Ceruzzi dans L’Histoire de l’informatique moderne.

Plusieurs facteurs expliquent le succès de l’IBM 1401. C’était l’un des premiers ordinateurs à fonctionner uniquement avec des transistors – au lieu de tubes à vide –, ce qui a permis de réduire sa taille et d’allonger sa durée de vie. Disponible en location pour 2500 $ par mois, il fut reconnu comme le premier ordinateur polyvalent abordable. L’IBM 1401 était aussi l’ordinateur le plus facile à programmer de l’époque. Le système d’exploitation, note Dag Spicer, conservateur du Musée de l’histoire informatique, « a marqué un progrès considérable en termes de facilité d’utilisation ».

Cet ordinateur plus accessible entraina une demande auparavant freinée par le coût de l’informatique. IBM eut ainsi l’heureuse surprise de recevoir 5200 commandes dans les cinq premières semaines de la commercialisation du système 1401 – soit bien plus que les ventes prévues pour toute la durée de vie de la machine. Bientôt, des fonctions qui avaient jusqu’alors échappé à l’automatisation dans les entreprises furent confiées à des ordinateurs. Et au milieu des années soixante, plus de 10 000 systèmes étaient installés, ce qui fait du 1401 l’ordinateur le plus vendu de tous les temps.

L’IBM 1401 a surtout inauguré une nouvelle génération d’architecture informatique, ce qui a amené les responsables des secteurs public et privé à porter un nouveau regard sur les ordinateurs. Un ordinateur n’était plus nécessairement une énorme machine réservée aux élites : on pouvait raisonnablement l’installer dans une entreprise de taille moyenne ou dans un laboratoire, et les différents départements des grands groupes internationaux pouvaient avoir chacun leur propre système.

Un ordinateur pouvait même se retrouver embarqué sur un camion militaire en pleine forêt. « Avant l’arrivée de l’IBM 1401, on ne mesurait pas vraiment l’impact potentiel des ordinateurs – en tout cas, pas comme aujourd’hui », explique Chuck Branscomb, qui dirigeait l’équipe de conception. Avec l’IBM 1401, les entreprises de toutes tailles ont compris que l’ordinateur pouvait être utile, voire essentiel.

L’ordinateur connut une véritable révolution à la fin des années cinquante. Les clients voulaient des machines rapides. L’électronique des tubes à vide remplaça les mécanismes électromécaniques des tabulatrices, qui dominaient le traitement de l’information depuis un demi-siècle. Il y eut d’abord le calculateur expérimental ENIAC, puis l’Univac, de Remington Rand, et l’IBM 701 – qui reposaient tous sur l’électronique. La bande magnétique et, plus tard, les premières unités de disque transformèrent la perception de l’accessibilité de l’information. Avec le compilateur de Grace Hopper et le langage de programmation Fortran, de John Backus, les informaticiens disposèrent de nouveaux outils pour faire exécuter aux machines des tâches toujours plus subtiles et plus complexes. Les systèmes engendrés par la synergie de ces développements se traduisirent par un accroissement phénoménal des capacités informatiques.

Si les ordinateurs restaient toujours à l’écart de la vie courante – le nombre de machines en exploitation dépassant à peine le millier –, le monde était déjà mûr pour un ordinateur plus accessible.

La génèse de cette nouvelle génération d’ordinateurs apparut dans un pays inattendu : la France. « IBM a ouvert les yeux au milieu des années cinquante », explique C. Branscomb, qui était alors responsable de l’une des familles de tabulatrices IBM. La jeune société informatique française des Machines Bull lança ses ordinateurs Gamma – petits et rapides par rapport à des géants comme l’IBM 700. « C’était une sérieuse menace concurrentielle », ajoute C. Branscomb.

À travers Bull, IBM et les autres réalisèrent que des organisations dotées de budgets limités voulaient des ordinateurs. IBM mobilisa ses ressources pour essayer de créer une machine concurrente. « C’était en 1957, et IBM n’avait pas d’ordinateur en cours de développement, poursuit C. Branscomb. Nous avions un gros problème. »

En juin et juillet 1957, des ingénieurs et des planificateurs d’IBM se rendirent en Allemagne pour discuter de plusieurs projets de tabulatrices. Le produit qui devait sortir de ces sept semaines de réunions de travail sera baptisé par la suite Worldwide Accounting Machine (WWAM), mais aucune conception particulière ne fut arrêtée.

En septembre 1957, C. Branscomb fut nommé à la tête du projet WWAM. En mars 1958, après que Thomas Watson, Jr. eut exprimé son insatisfaction face à l’évolution du projet WWAM en Europe, Endicott proposa une machine WWAM disposant d’un programme enregistré, cette approche fut validée. Le point d’orgue du projet révisé fut l’annonce du « 1401 Data Processing System » (qui porta le nom de code SPACE).

Le système IBM 1401 – qui comprenait plusieurs modèles à carte et à bande dotés de mémoires à tores de différentes tailles, et était configuré soit pour une utilisation autonome, soit pour servir de périphérique à des ordinateurs plus grands – fut annoncé en octobre 1959.

L’équipe de C. Branscomb fixa le coût de location à 2500 $ par mois – bien moins que pour l’IBM 700. Il fut également décidé que l’ordinateur serait facile à utiliser : « Nous savions qu’il fallait introduire un changement radical, une rupture », se souvient C. Branscomb. Et ce fut le cas. Le système 1401 ouvrit l’informatique à une nouvelle population d’organisations et d’utilisateurs, ancrant plus profondément les technologies de l’information dans la vie de tous les jours.